La musique comme « loss leader »

Guillaume Déziel
Gérant
Misteur Valaire

Les ventes mondiales de disques ont chuté de plus de 50 % depuis 2000. Depuis, le format numérique n’arrive pas à combler ne serait-ce que la moitié de ces pertes. Pendant ce temps, les artistes « kamikazes » de la relève donnent leur musique et nivellent sa valeur par le bas. Heureusement, le fait de renoncer aux revenus de la vente de la musique leur permet d’octroyer rapidement de la valeur à leur image de marque. Cela a une incidence positive sur la vente de leurs produits dérivés, tels les spectacles, les vêtements, les droits d’exploitation de leur musique dans les films, dans la publicité, etc.

MV (Misteur Valaire), groupe électro originaire de Sherbrooke, a franchi le seuil magique de 40 000 albums donnés, à partir de son site mv.mu, soit l’équivalent d’un disque d’or en demande réelle. Résultats : après seulement 30 mois de commercialisation, MV a des fans répartis dans 49 pays, il vend des concerts en Europe et au Canada, remplit ses salles et accorde des licences d’exploitation de sa musique à des firmes de publicités, ainsi qu’à des producteurs de films. De plus, pour huit albums donnés par Internet, MV en vend un à sa table des produits dérivés ou chez des détaillants. La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que MV a échangé son album contre le courriel de son consommateur. Or, pour remplir dernièrement le Club Soda à Montréal ou Le Batofar à Paris, MV n’a eu qu’à envoyer un seul courriel. Comme quoi « donner », c’est payant.

Si Thomas Edison a inventé en 1877 un moyen de capturer le son et de le fixer sur un support physique, l’Armée américaine (DARPA) aura inventé en 1962 Internet, cette irréductible machine à copier l’information numérique. Maintenant qu’il est possible de s’échanger couramment de la musique par Internet, la copie devient fatalement un nouveau moyen de diffusion. Avis aux nostalgiques : à l’échelle de l’histoire de l’humanité (évaluée à plus de 1,5 million d’années), le règne de la « copie contrôlable » n’aura duré que 150 ans (soit 0,0001 % de l’histoire de la musique).

La tendance qui dominera l’avenir, c’est « Music as a Loss Leader » ! Le contenu en tant que marchandise se dévaluera au profit de la glorification de l’image de l’artiste, qui devra se monnayer d’une manière ou d’une autre. La maison de disques disparaîtra au profit du producteur de spectacles et de l’éditeur de musique. L’imagination sera garante des possibilités qu’offrent les nouveaux modèles économiques, faisant fi de ce que l’on ne peut désormais plus contrôler : la copie. Rappelons-nous, Microsoft a bâti son empire en laissant volontairement les particuliers pirater sa Suite Office pour contaminer les bureaux de la planète puis imposer ses licences aux compagnies rentables et solvables.

Une réponse à “La musique comme « loss leader »”

  1. David dit:

    et depuis ce temps on déteste cette entreprise….

Laisser votre commentaire